Santé mentale
Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), la santé mentale est un état de bien-être dans lequel une personne peut se réaliser, surmonter les tensions normales de la vie, accomplir un travail productif et contribuer à la vie de sa communauté.
La santé mentale (ou santé psychique) est un processus qui résulte d’interactions complexes entre différents types de facteurs :
› biologiques : facteurs génétiques ou physiologiques
› psychologiques : aspects cognitifs et affectifs
› socioculturels : relations au sein de la famille, à l’école, au travail, rapports de pouvoir au sein de la société, soutien social
› socioéconomiques : conditions de vie, revenu, formation, emploi, conditions de travail
› politiques et institutionnels : possibilité d’exercer ou de voir respectés ses droits fondamentaux, d’avoir accès aux ressources et aux dispositifs de soutien
› L’ensemble de ces facteurs touche plusieurs secteurs pouvant influencer la santé mentale : la santé somatique, mais aussi le social (politiques sociales dont la politique de la jeunesse, de la vieillesse, familiale), l’économie et l’emploi, ou encore l’habitat, pour n’en citer que quelques-uns.
En effet, si la majorité de la population résidant en Suisse se sent en bonne santé psychique, selon les estimations, au moins une fois dans sa vie, chaque individu traversera une crise psychique, donnant lieu parfois à des troubles de santé mentale. Ceux-ci sont susceptibles d’affecter non seulement la sphère intime et quotidienne des personnes concernées et de leurs proches, mais aussi leur formation et leur vie sociale et professionnelle. Les conséquences peuvent aller jusqu’à l’invalidité ou au suicide. Les implications sont également importantes pour la société en termes de coûts directs et indirects (soins, assurances sociales, aide sociale, perte de productivité). Par exemple, les troubles de santé mentale représentent le motif d’invalidité le plus fréquent en Suisse. Dès lors, la santé mentale représente un enjeu et une priorité de santé publique. Le constat qu’il ne peut y avoir de santé sans santé psychique a infléchi et fait évoluer les conceptions de la santé ainsi que les politiques de santé publique, donnant naissance à une nouvelle branche, la santé mentale publique (Public Mental Health). Celle-ci, à partir des années 1990, a connu un nouvel élan à la suite d’un changement significatif de paradigme. Les interventions de l’État ont dès lors dépassé le champ traditionnel de l’hygiène mentale ou du champ psychiatrique, envisageant ainsi la santé mentale sous un double aspect : la santé psychique positive, c’est-à-dire l’autonomie, le bien-être, l’épanouissement personnel, et la santé mentale négative, c’est-à-dire la détresse psychologique suite à des événements de vie ainsi que les troubles de santé mentale. Par conséquent, la santé mentale publique articule :
› la promotion de la santé mentale, soit le renforcement des ressources personnelles et la création de conditions favorables à leur acquisition ou déploiement
› la prévention, c’est-à-dire la réduction des facteurs de risque et de l’incidence des troubles mentaux
› la planification, l’organisation et la gestion des structures et procédures de soins généraux et spécifiques ainsi que les dispositifs de réadaptation ou de (ré)intégration sociale pour les personnes souffrant de troubles de santé mentale
› la sensibilisation de la population et la formation des divers corps de métiers ainsi que la production de données étayées.
La mise en œuvre de ces composantes nécessite l’élaboration de programmes, dispositifs et mesures adaptés aux divers groupes de la population, aux différentes phases de vie et aux possibles événements critiques de vie. Le plan mondial d’action pour la santé mentale 2013-2030 vise, entre autres, à renforcer le leadership et la gouvernance en matière de santé mentale publique et à promouvoir des services de santé mentale et de protection sociale complets. Ces objectifs nécessitent l’engagement, l’action concertée et la collaboration étroite et coordonnée d’une multitude d’acteurs et d’actrices à différents niveaux (national, régional, cantonal, local) et dans des domaines ou secteurs variés (santé, social, formation, économie, urbanisme, mobilité, participation citoyenne).
En Suisse, faute de base légale, la Confédération ne mène que peu d’actions et la responsabilité d’œuvrer dans ce domaine revient principalement aux cantons. En 2025, les 26 cantons disposent d’un programme de santé mentale, mis en œuvre dans le cadre des Programmes d’action cantonaux (PAC) avec la collaboration de Promotion Santé Suisse (PSS). La Confédération intervient toutefois dans la statistique, via la production de données et le monitorage, dans l’assurance-invalidité qui octroie des rentes et soutient des mesures de réinsertion, dans l’assurance obligatoire des soins qui rembourse des prestations en cas de maladie psychique ou encore dans le droit du travail par le biais de la protection des travailleurs et travailleuses ou l’intégration des personnes concernées dans la politique de l’emploi. Le Rapport national sur la santé 2025 réunissant l’Observatoire suisse de la santé (Obsan), le Département fédéral de l’intérieur (DFI) et la Conférence des directrices et directeurs cantonaux de la santé (CDS) a identifié les besoins et les champs d’actions prioritaires suivants pour la Suisse :
› considérer la santé mentale comme une responsabilité de l’ensemble de la société
› renforcer les approches fondées sur des données probantes, via la collecte ciblée de données et l’encouragement de la recherche scientifique
› mettre en œuvre et évaluer des mesures de promotion de la santé et de prévention
› promouvoir la santé mentale au travail et assurer l’intégration sur le marché de l’emploi
› garantir des soins de qualité, accessibles et adaptés aux besoins
Les principaux enjeux de la politique publique concernant la santé mentale sont d’une part la mise en place d’un système de pilotage intégré, susceptible d’anticiper les évolutions et de maximiser les ressources allouées en fonction des besoins et des réalités de différents types de bénéficiaires, d’autre part le renforcement de la coordination entre acteurs et actrices impliquées dans le domaine de la santé mentale, enfin la poursuite des activités de sensibilisation du grand public et de formation des professionnel·le·s. Pour relever ces enjeux, des ressources suffisantes sont nécessaires afin de soutenir le dépistage précoce tout en maintenant les politiques de psychiatrie intégrée. Les expert·es suggèrent également d’intégrer la thématique de la santé mentale dans les politiques de santé, d’emploi, de formation, de l’habitat, de la mobilité et, de manière plus large, dans tout dispositif susceptible d’influer sur la santé mentale d’une population (Mental Health in All Policies).
Références
Bürli, Ch., Amstad, F., Duetz Schmucki, M. & Schibli, D. (2015). Santé psychique en Suisse : état des lieux et champs d’action. Bern : Office fédéral de la santé publique.
Mütsch, M., Schmid, H., Wettstein, F. & Weil, B. (2014). Manifeste suisse relatif à la Public Mental Health. Olten : Santé publique Suisse.
Réseau Santé Psychique Suisse. http://www.npg-rsp. ch/